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Vous avez de la bâche plastique ou du géotextile dans votre jardin ? Sur vos massifs ou talus ? Ou au contraire vous ne supportez pas la vue de cette couverture de sol ?
Avant de commencer je souhaite préciser qu’il ne s’agit pas d’une critique du travail des paysagistes. L’idée est plutôt d’essayer de comprendre les tenants et aboutissants pour tenter d’avoir de meilleures pratiques écologiques à l’avenir.
🎧 Écouter en format podcast de 6 minutes et 37 secondes
Les métiers du paysage sont encadrés par des règles professionnelles que les entrepreneurs s’engagent tacitement à respecter. Ces règles de l’art assurent que les ouvrages soient conformes et durables. Ces règles (vous me corrigez si je me trompe) n’obligent en aucun cas de faire usage de matériaux spécifiques pour le paillage des talus et massifs. Un matériau s’est pourtant démocratisé au fil du temps : la toile de paillage tissée en polypropylène. Pour dire les choses simplement, il s’agit d’une bâche 100% plastique.


On utilise principalement ces toiles plastiques pour éviter l’érosion (le maintien des terres) et le désherbage. En occultant la lumière du soleil, elles empêchent effectivement la pousse des adventices. Du moins pendant les premiers mois. On remarque qu’au fil du temps, les plantes arrivent à pousser au niveau des agrafes, ou à traverser la toile. Certaines graines germent sur la terre qui se dépose sur la bâche, leurs racines s’entremêlant dans les fibres de la bâche. A terme on se rend compte qu’il est très difficile de désherber ces massifs et que retirer la toile est une mission impossible.
En général elles finissent recouvertes d’adventices ou alors bien visibles pendant de longues années sans que les plantes n’arrivent à les cacher. On ne peut pas dire que cela soit esthétique. Il peut y avoir plusieurs raisons qui font que les plantes ne les recouvrent pas. Souvent, la plantation n’est pas assez dense, ou bien les végétaux choisis ne couvrent pas assez, il s’agit donc d’un défaut de conception.


En plus de ne pas avoir un aspect naturel, ces toiles ne sont pas une solution durable. Selon leur grammage elles sont garanties anti-UV entre 2 et 5 ans. Selon les conditions de pose et du climat, elles se détériorent petit à petit et finissent en lambeaux ou se dégradent et se transforment en micro-plastiques qui ne seront jamais digérés par le sol.
A en croire les jardins et les villes, on viendrait à penser qu’il n’y a pas d’autre solution. Pourtant le génie végétal utilise une alternative qui pourrait être utilisée à l’échelle individuelle. Il s’agit de toiles naturelles biodégradables en fibre de coco, en jute ou en sisal. Elles jouent le même rôle que la bâche plastique mais sont naturelles et leur dégradation au bout de quelques années enrichit le sol. L’aspect est également plus naturel.


Dans les jardins de particuliers, les paysagistes utilisent désormais des toiles de paillages biodégradables en PLA (acide polylactique), un bio-polymère biosourcé obtenu à partir de l’amidon de maïs. Je recommande les toiles de paillage en chanvre car elles sont d’origine végétale et facilement installable sur les massifs ou au potager. Les toiles de paillage en laine (il en existe en chanvre et laine) sont de plus en plus courantes et sont une excellente alternative à la bâche plastique et au géotextile en PLA.


| Matériau | Durée de vie | Perméabilité / sol | Empreinte éco. | Usage |
| Bâche plastique tissée polypropylène | 5-10 ans se fragmente, non-biodégradable | Faible (accumule l’eau) / ne nourrit pas le sol | Élevée dérivé du pétrole, microplastiques | Désherbage, allées, massifs |
| Feutre géotextile polypropylène | 20 à 50 ans non-biodégradable | Moyenne / ne nourrit pas le sol | Élevée matériau plastique difficile à retirer et à recycler | Séparation de matériaux, allées, sous paillage minéral |
| Feutre géotextile recyclé polypropylène | 5 à 10 ans non-biodégradable | Moyenne / ne nourrit pas le sol | Moyenne valorisation de déchets, origine parfois inconnue | Massifs, séparation de couches, sous paillage minéral |
| Toile PLA bioplastique amidon de maïs | 2 à 5 ans partiellement biodégradable | Moyenne / faible apport organique | Moyenne cultures industrielles, compostage parfois difficile | Maraîchage, cultures annuelles |
| Paillage minéral gravier, ardoise, pouzzolane | Permanent | Très bonne / ne nourrit pas le sol | Moyenne à élevée extraction minière, transport | Massifs ornementaux, zones sèches |
| Matériau | Durée de vie | Perméabilité / sol | Empreinte éco. | Usage |
| Toile coco fibre végétale | 3 à 5 ans biodégradable | Bonne / apport organique lent | Moyenne transport longue distance (zones tropicales) | Talus, pentes, maintien de sols, génie écologique |
| Toile jute / sisal fibre végétale | 1 à 3 ans biodégradable | Bonne / apport organique | Moyenne transport longue distance (zones tropicales) | Talus, massifs, jeunes haies |
| Toile chanvre / lin fibre végétale | 2 à 3 ans biodégradable | Bonne / apport organique | Faible production locale (France/Europe) | Potager, massifs |
| Laine de mouton fibre animale | 1 à 3 ans biodégradable | Bonne / apport en azote et matière organique | Faible valorisation d’un sous-produit agricole local | Potager, massifs, jeunes arbres, haies |
| Paillage organique paille, broyat, BRF | 6 mois à 2 ans biodégradable | Très bonne / nourrit activement le sol | Très faible ressource locale renouvelable | Potager, haies, massifs, verger |
| Carton brun non-imprimé | 6 à 12 mois biodégradable | Bonne / apport carboné | Très faible recyclage d’un matériau existant | Désherbage, création de potager |
| Plantes couvre-sol | Permanent | Très bonne / nourrit le sol via les racines | Très faible solution écologique durable | Talus, massifs, verger |
Est-ce que les toiles sont indispensables ? Tout dépend du contexte du jardin. Densifier les plantations avec des plantes couvre-sol peut souvent suffire. Dans certains cas les toiles sont utiles pour permettre aux plantes de se développer sans être concurrencées par les adventices. Sur un terrain à plat, un simple paillage ou un couvre-sol vivant suffit. Dans la plupart des jardins, le paillage organique reste la solution la plus écologique et la plus durable.
Avec le temps, la bâche plastique tissée finit par se colmater, se déchirer ou être envahi d’adventices, tout en empêchant la vie du sol de fonctionner correctement. La retirer permet donc de relancer progressivement les processus naturels du sol. Il est fréquent de découvrir, en-dessous du géotextile, un sol compacté, pauvre en matière organique, pollué par des micro-plastiques et colonisé par des racines opportunistes.
Dans un potager, un verger ou une haie, la solution la plus durable consiste généralement à installer une couverture organique épaisse après retrait de la bâche plastique. Cette couverture agit à la fois comme protection contre les adventices, réserve d’humidité et source de fertilité. Dans des zones ornementales ou des massifs, on peut également utiliser des matériaux biodégradables qui assurent une fonction temporaire de contrôle des herbes le temps que les plantes s’installent. Sur des zones plus techniques comme un talus le remplacement du géotextile nécessite une réflexion sur la structure du sol pour limiter durablement l’érosion. La plantation d’arbustes peut être combinée avec une toile biodégradable.


Selon moi, rien ne justifie l’emploi massif de plastique pour couvrir les sols et il s’agit d’une aberration écologique. Il est grand temps de changer de cap et c’est vous, en tant que jardiniers et citoyens responsables, qui pouvez faire pencher la balance dans vos jardins et dans vos villes. Lancez-vous dès aujourd’hui dans la régénération de votre terre et apprenez à construire un sol vivant et fertile.

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Adrien Felsmann Écosystèmes
Conception de jardins écologique
Paysagiste à Toulouse, Occitanie
adrien@adrienfelsmann.fr
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Adrien Felsmann, éco-paysagiste, concepteur de jardins écologiques à Toulouse. Je conçois des paysages vivants et comestibles sur-mesure valorisant votre patrimoine.